Nouakchott

Chronique culture Festival des Cités du Patrimoine à Ouadane : Quand l’héritage devient un enjeu constant

S’intéresser aux villes anciennes n’est pas un luxe culturel. C’est un investissement aux multiples dimensions, bénéfique pour l’homme, l’État et la société. C’est à la fois la préservation de la mémoire, le développement économique, le renforcement de l’identité, et un pont entre passé, présent et futur.

Image Mohamed Mahmoud Siyam, ingénieur en Génie Civil / siyammed@gmail.com
  • Publié le 22 décembre 2025 à 02:49
    Mise à jour 2 janvier 2026 à 22:48
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    Les avantages de s’intéresser aux villes anciennes sont multiples :


    1. Préserver l’identité et la mémoire collective

    Les villes anciennes constituent un registre vivant de l’histoire des peuples et de leurs expériences civilisationnelles. Les protéger, c’est sauvegarder la mémoire collective et renforcer le sentiment d’appartenance et de fierté envers ses racines.

    2. Soutenir l’économie et le tourisme culturel

    Les villes anciennes sont un vecteur majeur du tourisme culturel, générant des emplois, stimulant l’artisanat traditionnel et dynamisant les secteurs du transport, des services et de l’hébergement.


    3. Promouvoir un développement local durable

    Réhabiliter les villes historiques crée une dynamique de développement qui préserve la spécificité architecturale, limite l’exode rural et améliore les conditions de vie des populations locales.

    4. Renforcer l’image internationale du pays

    Prendre soin du patrimoine bâti reflète la maturité et la conscience culturelle de l’État, valorise sa présence sur la scène internationale et ouvre la voie à des partenariats culturels et économiques.

    5. Transmettre le savoir aux générations futures

    Les villes anciennes constituent un espace éducatif ouvert, permettant aux nouvelles générations de comprendre leur histoire à travers l’expérience directe, et pas seulement les livres.

    6. Protéger la diversité culturelle

    Préserver les villes historiques signifie sauvegarder les styles architecturaux, les dialectes, les coutumes et les modes de vie, formant une richesse humaine exceptionnelle.


    7. Inspirer créativité et expression culturelle
    Les cités anciennes ont toujours été une source d’inspiration pour poètes, artistes et architectes, offrant un terreau fertile pour une création contemporaine enracinée dans l’authenticité.

    Dans ce contexte, la nouvelle édition du Festival des Cités du Patrimoine à Ouadane marque un retour paisible vers une ville qui, depuis des siècles, sait habiter la mémoire et refuser l’oubli.

    Le visiteur ne vient pas à Ouadane pour contempler le passé, mais pour le parcourir, le vivre, et découvrir que le patrimoine, lorsqu’on l’écoute, se transforme en vie entière.



    Vous pouvez lire notre article sur "La Cité du Patrimoine" l'innovation de l'édition 2025 du Festival des Cités du Patrimoine



    Malgré plus de huit siècles d’existence, Ouadane demeure vivante et lumineuse, telle une sagesse ancienne gravée au cœur du désert. Son inscription sur la liste du patrimoine mondial reconnaît sa valeur architecturale et affirme que ses pierres portent un sens universel, au-delà du temps.



    Le festival met en lumière son héritage matériel et immatériel, ainsi que celui des villes sœurs partageant avec elle mémoire et destin.



    Mais le secret de Ouadane ne réside pas seulement dans sa longévité, mais dans le moment de sa naissance.



    La ville est née de la route, lorsque des pèlerins ont fait halte dans cette région désertique, transformant un simple arrêt en établissement, et un passage en fondation.


    Quatre pèlerins ont tracé les contours initiaux : El Hadj Ali, El Hadj Yacoub, El Hadj Ousmane et El Hadj Abderrahmane Sidiam.

    Ils arrivaient porteurs de savoir, de mémoire d’un pèlerinage éprouvant, et d’une foi profonde dans l’esprit de communauté et d’unité.

    De cette noyau, Ouadane a grandi avec sérénité et confiance. La mosquée fut le premier battement de vie, autour duquel la ville s’est structurée, fondée sur les principes de culte et de savoir.


    Dans l’Allée des savants, quarante maisons mitoyennes abritaient chacune un érudit, comme si la connaissance était la condition de l’appartenance. La muraille s’éleva ensuite, non seulement comme protection, mais comme expression d’une conscience collective : la sécurité est la base de l’urbanisme et la stabilité la condition de l’épanouissement, d’abord de l’âme, ensuite de l’espace.

    Au fil du temps, Ouadane est devenue une ville de savoir, un centre intellectuel majeur et un pôle d’influence au cœur du désert. Sa situation en a fait un lieu de transit pour les caravanes, où marchandises et idées, voyages et livres se rencontraient.


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    Le charme de Ouadane est indicible : s’immerger dans son histoire invite à rester plutôt qu’à partir.

    La ville se fait sentir à chaque pas, même pour le voyageur de passage, comme si l’on appartenait à ses ruelles.


    Peut-être parce que ses fondateurs ont bâti un espace ouvert sur le savoir, l’hospitalité et la tolérance, et non une cité fermée.

    Peut-être parce que la ville, malgré la rudesse du désert, est destinée à être une vallée de connaissance, un refuge sûr, et un lieu de générosité.


    C’est de cette profondeur que naît le Festival des Cités du Patrimoine, célébrant le patrimoine non pas comme un passé révolu, mais comme une responsabilité vivante et un message renouvelé.

    Les villes ne meurent pas quand elles sont désertées, mais quand elles tombent dans l’oubli. 


    À Ouadane, le festival n’est pas la fin de l’histoire, mais l’étincelle d’une flamme qui se renouvelle.


    Mohamed Mahmoud Siyam, ingénieur en Génie Civil /

    siyammed@gmail.com

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    Commentaires

    Sidi Bobba

    La cité de ouadane est créé en 653 hegire. La sécurité était assurée par des hommes d'une intelligence très forte dans la protection des villes. Observons l'enceinte de la sécurité et le puits d'eau pour assurer la survie de ouadane en cas d'attaque par les rezzous. Et en cette époque, les enfants de cœur ne courent pas les rues. La cité ouadane était ouverte sur un vaste désert venant de tous les côtés. La protection de la ville était assurée par neuf " généraux " connus par les autochtones de ouadane. Ouadane a été créée un siècle avant Chinguetti...

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